Renaud Auguste-Dormeuil : Arduna [Notre terre] | Renaud Auguste-Dormeuil
Co-commissariat Musée d'art contemporain de AlUla & Centre Pompidou

« Arduna » réunit plus de 80 oeuvres d'artistes saoudiens, régionaux et internationaux, ainsi que de remarquables prêts provenant de la collection du Centre Pompidou, et explore la manière dont les artistes ont représenté la nature dans l'art moderne et contemporain. Coorganisée par le futur musée d'art contemporain d'AlUla et le Centre Pompidou, cette exposition s'inscrit dans le cadre de la cinquième édition du Festival des arts d'AlUla et se déroulera du 1er février au 15 avril 2026.
 
Organisée en six chapitres thématiques, l'exposition conduit les visiteurs dans un voyage à travers les différents espaces de la nature.
 
L'exposition pionnière « Arduna » sera ouverte au public du 1er février au 15 avril 2026 dans le cadre de la cinquième édition du Festival des arts d'AlUla. Présentée par Arts AlUla et le futur musée d'art contemporain d'AlUla, « Arduna » est une exposition coorganisée par le Centre Pompidou, avec le soutien de l'AFALULA (Agence française pour le développement d'AlUla), qui rassemble plus de 80 oeuvres d'art diverses provenant d'Arabie saoudite, du monde arabe et d'ailleurs. « Arduna », qui signifie « notre terre » en français, offre au public un aperçu de la vision curatoriale du futur musée d'art contemporain d'AlUla, une institution mondiale ancrée dans l'oasis culturelle et le patrimoine de la région. Les oeuvres exposées proviennent de la collection grandissante de la Commission royale pour AlUla (RCU), mais elles incluent aussi des pièces remarquables issues de la collection du Musée national d'art moderne - Centre Pompidou.
 
Curation: Anna Hiddleston et Candida Pestana


COMMISSION D'ARTISTE
La pratique artistique de Renaud Auguste-Dormeuil se déploie à la croisée du temps, de la mémoire et de la représentation. Depuis les années 1990, il cherche à révéler les structures invisibles qui façonnent notre compréhension de la réalité et de l'histoire en abordant à travers son art le concept insaisissable du temps. Au coeur de sa pratique se trouve une exploration de l'absence et de la disparition, ainsi qu'une quête visant à représenter des phénomènes temporels qui résistent à la visualisation directe, tels que la mort, la guerre et le cours irréversible de l'histoire. Pour lui, l'art n'est pas seulement un témoignage du visible, mais aussi un moyen d'imaginer ce qui ne peut être vu : l'avant et l'après d'une rupture historique, la persistance muette du temps cosmique.
Cet engagement durable envers le temps et la mémoire trouve une expression profonde dans sa série photographique The Day Before (2000-2010), qui capture les ciels étoilés comme ils apparaissaient à la veille d'attaques aériennes telles que celles du 11 septembre, d'Hiroshima, de Guernica et de Sarajevo. Les images évoquent un moment de silence et d'immobilité : un cosmos vaste et indifférent suspendu au-dessus de la tragédie humaine en cours. En juxtaposant des histoires intimes et localisées à la continuité du temps céleste, The Day Before met en évidence la dissonance entre les traumatismes vécus et l'étendue éternelle de l'univers, capturant un instant où ceux qui savent sont reflétés ou fracturés par ceux qui ignorent encore ce qui est en train de se passer.

Une superposition des époques est également évidente dans les tapisseries d'Auguste-Dormeuil. Il acquiert des tapisseries d'Aubusson endommagées ou dévalorisées datant du XVIe au XVIIIe siècle et recouvre chacune d'elles du ciel nocturne tel qu'il était à la date d'un événement historique contemporain de la création de la tapisserie, reconstitué à l'aide d'un logiciel d'astronomie. Peintes à l'encre de Chine et à la gouache dorée, ces cartes stellaires perturbent la sérénité des scènes originales, reproduisant par exemple le ciel au-dessus du grand incendie de Londres ou le ciel nocturne lors de la mort du peintre de la Renaissance Caravage. Il en résulte un palimpseste visuel qui condense plusieurs moments en une seule image. À travers ce processus, Auguste-Dormeuil nous met face à la triste réalité selon laquelle l'histoire, une fois écrite, ne peut être effacée : le passage du temps est indélébile, gravé à jamais dans la mémoire et dans la matière.

L'approche de l'artiste est inversée dans sa performance I Will Keep a Light Burning, qui fait converger le passé et le présent vers l'avenir. Des bougies sont allumées selon une disposition correspondant à la configuration des étoiles telles qu'elles apparaîtront au-dessus du même site cent ans après la représentation. Alors que les bougies brûlent et finissent par s'éteindre, seules les photographies de l'installation subsistent, soulignant à quel point les moments s'évanouissent et disparaissent, ne survivant que dans les images. De cette manière, l'oeuvre dévoile l'illusion éphémère qu'est l'art en soi : non seulement comme un témoignage de ce qui a été, mais aussi comme un geste envers ce qui ne peut jamais être pleinement saisi, suggérant que la représentation consiste moins à préserver la réalité qu'à affronter sa disparition perpétuelle.
 
En définitive, le travail d'Auguste-Dormeuil nous invite à percevoir le temps non pas comme un récit figé, mais comme une fragile constellation d'instants : visibles et invisibles, mémorisés et oubliés. Cette oeuvre est une réflexion sur la nature de l'histoire et sur les traces laissées derrière nous qui portent le poids de ce qui ne peut jamais être effacé.
 
Plus d'informations ici