Oroma
Elewa
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« Dans la forme, mon travail est très pluridisciplinaire. Je combine du texte, de la photographie, divers médias numériques et de la vidéo. En fin de compte, je travaille sous l'égide de l'art visuel et de la performance.

Je pense que les expériences quotidiennes sont un matériau précieux pour l'art de la performance. Cet ensemble d'oeuvres s'inspire de mes expériences personnelles, de mes observations et de conversations que j'ai régulièrement ou ai eues avec d'autres femmes, créant ainsi une compréhension générale et une empathie pour mes semblables. En élaborant le contenu au quotidien, ce travail est à la fois une critique et une réflexion sur la société.

Les dialogues de l'oeuvre intitulée « BABE LISTEN. Area Babes et Ashawo Superstars » (2021) sont à la fois fictifs et réels. L'ensemble du projet se déroule comme une satire qui suit la vie et les expériences de mes personnages féminins africains qui sont tous des versions de moi-même. Je voulais représenter des pensées ou des actions qui sont souvent considérées comme taboues ou intimes et montrer la manière dont les femmes négocient ou naviguent à travers le sexe, la classe sociale ou le pouvoir dans l'époque contemporaine. 

Se servir du langage permet de donner du poids et une parole à nos expériences et nos réflexions, ainsi que de comprendre le rôle qu'il peut jouer sur notre état psychologique et émotionnel.

En général, ce travail se sert des attitudes culturelles pour parler de la féminité contemporaine à laquelle chaque femme peut s'identifier. Cependant, il est important de comprendre que le « féminisme africain » est une chose réelle et qu'il existe. Je voulais montrer comment le féminisme africain diffère à la fois dans le langage et dans l'expression, comment il existe en dehors des limites normatives du féminisme et jusqu'où il se manifeste dans nos expériences quotidiennes, et pas uniquement en tant que concept.

Les personnages de cette oeuvre s'affirment de manière différente contre un type particulier d'attentes sociétales ; ils se libèrent de l'endoctrinement, de la honte, etc. Il y a une certaine évidence dans l'approche adoptée ici, qui est très réfléchie et qui n'épargne rien ni personne, impliquant qu'elle pointe d'abord du doigt le sujet. 

Vers l'âge de 14-15 ans, je me suis rendue compte que je n'étais pas d'accord avec beaucoup de choses - pas avec quelque chose en particulier, mais j'avais trop de questions et besoin d'explications. Mes questions ont conduit à d'autres questions, à plus de recherches et de connaissances. Une fois que j'ai trouvé ce avec quoi j'étais d'accord, j'ai pris conscience que ce n'était souvent pas une opinion partagée par beaucoup. Je me suis vite rendue compte que j'avais besoin de trouver une communauté et un espace pour moi et pour mon travail. Cette communauté est par ailleurs devenue un groupe d'individus qui a aussi dit : « Non ! » ; « En fait, peut-être pas? », « Et cette perspective alors ? » ou « Ça va comme ça aussi. »

J'ai récemment rencontré Otobong après un live que j'ai réalisé sur Instagram. Je ne savais pas qu'elle me suivait, moi et cette série de mon travail sur les réseaux sociaux, mais elle m'a dit qu'elle connaissait mon travail depuis un certain temps. Parce que nous sommes à la fois des Nigérianes et des Africaines transnationales. Elle comprenait parfaitement le travail, d'où je venais et où le travail devrait aller.

Otobong a dit qu'elle avait choisi toutes celles qui ont participé à cette exposition collective par AMOUR - c'est la pensée la plus chaleureuse et la plus parfaite que j'aie jamais entendue. »

 

Propos recueillis par Annabelle Gugnon

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EXPOSITIONS (SÉLECTION)

Expositions collectives :

2022

Currency: Photography Beyond Capture, 8th edition of the Triennial of Photography Hamburg, Hamburg, DE
Togethering, featuring Oroma Elewa, Bill Kouélany, Obi Okigbo, Adeola Olagunju, Galerie In Situ - fabienne leclerc, Grand Paris